Depuis début janvier, le ministère des sports a donné la délégation du kitesurf à la FFVoile. Jean-Claude Benintende, le président de la FFVL, a répondu en exclusivité à notre interview. Il répond ainsi aux nombreuses questions que se posent les kitesurfers et il en profite pour répondre à Jean-Pierre Champion le président de la FFVoile.

kitenews.fr : Le ministère a donné la délégation du kitesurf à la FFV en ce début d’année 2017 après 14 années de délégation à la FFVL. Comment avez-vous appris cette information ? Est-ce que le ministère a entendu les deux fédérations en amont ?

Jean-Claude Benintende : Après une période d’échanges avec la Direction des Sports en fin d’année 2016, nous avons été maintenus dans l’ignorance de la décision finale et nous l’avons donc apprise comme tout le monde le mercredi 11 janvier en lisant le Journal Officiel. La FFVL a été reçue par la Directrice des sports, j’ignore comment la FFV a été entendue mais il est certain qu’elle a été mieux écoutée. C’est la Directrice qui a signé l’arrêté donnant la délégation du kiteboard, glisses aérotractées nautiques à la FFVoile. C’est la nouvelle formulation exacte.

J’ai d’abord eu une pensée émue pour tous les licenciés, tous les bénévoles, les clubs et les écoles, les élus, les conseillers techniques et les administratifs qui ont oeuvré depuis 1997, année d’arrivée du kitesurf, du snowkite et du landkite dans notre fédération et qui, comme moi, ont mis beaucoup d’énergie et de conviction pour le développement et la structuration de ce sport. Ce sport est un sport à part entière et il doit être traité comme tel ! Ensuite, j’ai éprouvé évidemment le sentiment que notre fédération avait été méprisée par le Ministère qui n’a vraiment écouté qu’une grosse fédération, celle-ci lui présentant une vision pour le moins partiale de la structuration internationale.

Le Ministère a désormais délégué le kitesurf à la FFV et assimilé celui-ci à une épreuve de voile, c’est une grosse erreur de jugement et je suis inquiet quant aux répercussions que cela pourrait avoir sur le développement de l’activité du kitesurf.

Le kite est un sport à part entière avec des pratiques sur l’eau, la terre et la neige. C’est la même pratique qui change seulement de support. Et cette pratique est franchement beaucoup plus proche du cerf-volant et du parapente que des disciplines de la voile car le pilote est directement relié à son aile sans mât ; c’est une discipline d’abord aérienne avant d’être nautique ou terrestre.

Le Ministre coupe en deux cette pratique et laisse à la FFVL le kite terrestre. Cette scission des disciplines pose en réel problème. Aujourd’hui les riders sont les mêmes, ils pratiquent sur toutes les surfaces et utilisent tous les types d’ailes.

kitenews.fr : Pourquoi selon vous ce choix ? Avec le recul, qu’est-ce qui a manqué à la FFVL pour conserver cette délégation ?

Jean-Claude Benintende : Le Ministre Thierry Braillard nous a reçus récemment, seulement après sa décision, alors que notre demande de rendez-vous pour défendre la délégation datait du mois de novembre. Voici les arguments qu’il a mis en avant :

  • Le gouvernement ne veut en aucun cas perturber la candidature de la France aux JO de Paris de 2024 et les tensions internationales et nationales liées à la gestion du kitesurf en France par la FFVL sont de nature à le faire. Il a donc décidé de donner la délégation du kitesurf à la FFV de façon à y mettre fin.
  • L’autre raison est liée à l’inscription du kitesurf aux JO Jeunes de 2018 et au soutien du CIO à WS pour la gouvernance du kitesurf.

Bref, l’aspect international a été mis en avant avec des arguments contestables (on peut vraiment douter que le choix de Paris pour 2024 dépende de la délégation kite !) et d’autres solutions étaient possibles ; la preuve en est que Nicolas Parlier a bel et bien été honoré à la

soirée des Champions par le CNOSF la semaine dernière avec tous les champions du monde avec sur la diapo présentée la mention « vol libre ».

L’action quotidienne sur le terrain depuis 20 ans aux côtés des sportifs a été de peu de poids…

FFVL

kitenews.fr : J’ai entendu dire que vous alliez contester cette décision. Comment allez-vous le faire ?

Jean-Claude Benintende : La seule solution que nous avons aujourd’hui si nous voulons avoir une chance de récupérer la délégation, c’est de faire un recours au Conseil d’Etat. Le Comité directeur de notre fédération vient d’en décider le principe.

kitenews.fr : Qu’est-ce que cela change concrètement, pour la FFVL, les riders pros, les écoles, les clubs, les pôles Espoirs et les pratiquants lambda ?

Jean-Claude Benintende : La délégation porte sur la définition des règles techniques de la compétition et la délivrance des titres de champions de France et la constitution des équipes de France. Tant que nos licenciés le souhaiteront nous continuerons à leur délivrer des licences, à organiser et animer un réseau de clubs et d’écoles. Nous continuerons à former des pratiquants et des encadrants. Nous continuerons à organiser des compétitions. Nous continuerons à gérer et à conventionner des espaces de pratique. Nous continuerons à accompagner et à structurer le kitesurf… Pour 90 % des pratiquants, rien ne changera s’ils le veulent.

Les licences FFVL couvrent et continueront à couvrir le kitesurf sauf bien entendu pour les championnats officiels qui dépendent désormais de la FFV. Depuis cette année nous avons une assurance pour les sports de pleine nature. La licence kite couvre aussi en RC la planche à voile, le dériveur, le VTT, le ski, etc. (en individuelle, option à 6 €).

Rien ne change pour la pratique de loisir, les clubs gardent toute leur raison d’être et certains nous ont déjà fait savoir qu’ils se sentaient très bien à la FFVL. La vision du développement du kitesurf par la FFVoile me surprend car beaucoup de bases nautiques ne sont pas sur des sites de kitesurf. Qui va défendre, structurer et pérenniser les sites actuels si ce ne sont pas des clubs FFVL ?

Les bases nautiques ne sont pas la propriété des fédérations. Elles font de plus en plus de la multi-activité et sont affiliées à plusieurs fédérations (FFSurf, FFVL, FFVoile, FFCV et parfois FFplongée). Plusieurs bases nautiques sont d’ailleurs affiliées à notre fédération. Il en va de même pour les moniteurs ou éducateurs sportifs qui sont souvent plurivalents et ont les diplômes d’État ad-hoc.

La FFVL va continuer à animer son réseau d’écoles et à l’améliorer. Cette année le service d’une centrale d’achat va être proposé aux EFK.

Le paysage de l’organisation de la formation du milieu du kitesurf est très différent de celui de la voile et la cohabitation des deux peut être délicate, particulièrement sur le plan économique.

Les bases nautiques qui n’ont pas encore d’offre de cours de kitesurf vont devoir, comme depuis le début, se doter de moniteurs diplômés et appréhender le fonctionnement propre au kitesurf. Certaines ont essayé en calquant le modèle de la voile et elles ont dû arrêter

rapidement devant les difficultés de RH ou de matériel. En Kitesurf les cours doivent pouvoir être annulés, reportés etc.

En revanche les structures d’entraînement de la FFVL et en particulier les pôles vont se retrouver devant le choix simple de vivre ou mourir et très clairement je les incite à faire le choix de vivre, mais cela dépendra désormais des moyens que la FFV voudra bien leur accorder. C’est une des réussites de la dernière olympiade que d’avoir su organiser une filière d’accès au haut niveau performante et dynamique. Les clubs et les ligues qui ont porté tous ces projets tournés vers le haut niveau ont aussi créé une dynamique vers les publics éloignés de la pratique ou vers des rencontres pour tous les pratiquants. C’est pour moi un vrai sentiment de gâchis pour notre fédération et pour les pratiquants que la perte de cette dynamique, mais ce serait pire si ce travail n’était pas repris.

Il y a aussi un risque que les pratiquants s’y perdent et ne se fédèrent plus. La pratique pourrait devenir sauvage comme celle de la planche à voile. Nous mettrons tout en œuvre pour que cela n’arrive pas car il en va de la sécurité des pratiquants et notre expérience aérienne est de ce point de vue très précieuse.

engie kite tour almanarre

kitenews.fr : Que va devenir l’AFCK, l’Association Française de Classe Kite ?

Jean-Claude Benintende : L’AFCK va devenir la commission Compétition kite de la FFVL et elle travaille actuellement à proposer une offre de compétitions au niveau national et régional. Nous avons déjà annoncé « L’Aquitaine Kite Tour » avec bien entendu des compétitions mais aussi des formations sur l’évènementiel. Nos clubs sont demandeurs, nous allons donc prendre le temps de leur répondre.

kitenews.fr : Y aura-t-il des compétitions FFVL de kitesurf en 2017 ? Si oui est ce que vous avez déjà quelques dates de programmées ?

Jean-Claude Benintende : Oui. L’annonce va être faite d’ici peu. Beaucoup de structures nous ont renouvelé leur confiance.

kitenews.fr : Si un kitesurfeur a pris une licence FFVL 2017 fin 2016 afin de participer à des compétitions, que va-t-il se passer ? Est-ce qu’il peut quand même participer aux championnats de France organisés par la FFV ? Sinon, est-ce qu’il peut se faire rembourser ?

Jean-Claude Benintende : Lorsqu’un championnat est inscrit au calendrier d’une fédération, les compétiteurs doivent avoir la licence de cette fédération.

Les licences 2017 souscrites ou à venir sont toujours valables pour la pratique loisir et les compétitions inscrites au calendrier FFVL. Pour ceux qui ont souscrit l’option « carte compétition kite » ils peuvent demander le remboursement de cette option à la FFVL s’ils ne souhaitent participer qu’aux championnats délivrant des titres de champion. Pour ceux qui veulent renoncer à leur licence FFVL, comme pour toute souscription à une assurance, il y a un délai de rétractation de 14 jours. Lorsque nous avons exposé ces problèmes très concrets au Ministre (obligation de prendre plusieurs licences), celui-ci les a écartés très rapidement en prétendant que les kiteurs pourraient payer sans problème.

kitenews.fr : Pour les moniteurs de kitesurf, comme le BPJEPS est un diplôme d’État, cela ne change rien pour ces moniteurs, par contre est ce que les diplômes fédéraux FFVL sont toujours valables ? Est-ce que la FFVL va continuer à délivrer des diplômes fédéraux ?

Jean-Claude Benintende : Réglementairement la délégation ne concerne pas la formation d’État. Naturellement la fédération délégataire est l’interlocutrice de l’État pour ses diplômes car cette fédération est sensée être « compétente ». Mais en fait, la FFV n’a aucune expérience en la matière ni aucune expertise. De plus le kitesurf est classé « discipline en environnement spécifique » et je rappelle que nous déplorons régulièrement des accidents graves ou mortels en kitesurf. Ce sera à l’État de savoir comment un arrêté ministériel transforme une fédération qui n’a jamais rien fait dans un domaine en une structure experte et capable de l’aider à piloter une formation de moniteurs et surtout à assurer la pratique en sécurité des usagers. Il n’est pas sûr qu’il ait mesuré toutes les conséquences de sa décision.

Les diplômes et qualifications de la FFVL sont bien entendu toujours valables, les licenciés qui en sont titulaires peuvent toujours oeuvrer dans les clubs FFVL. Là aussi nous pouvons rassurer nos licenciés. Une offre de formation de qualifications fédérales sur l’ensemble des glisses aérotractées va être annoncée dans les prochains jours.

Didier Botta Snowkite Col du Lautaret

kitenews.fr : Certains kitesurfeurs se sont engagés à l’automne dans des formations pour des diplômes d’État en kite, est ce que ces formations se poursuivent ? Est-ce que les diplômes obtenus seront valables et si les formations ne continuent pas, que va-t-il se passer ?

Jean-Claude Benintende : Les formations BPJEPS et DEJEPS continuent. Elles sont du ressort de l’État. Les conseillers d’État et fédéraux de la FFVL impliqués dans les formations remplissent actuellement leurs engagements.

kitenews.fr : Certaines mairies ont signé des accords avec la FFVL pour la gestion des spots. Est-ce que ces accords sont toujours valables?

Jean-Claude Benintende : Bien entendu les conventions sont toujours valables et opérantes. Encore une fois, le kitesurf ne va pas disparaître de la FFVL et la gestion des espaces de pratique n’est pas impactée par le non-renouvellement de la délégation. Les assurances en responsabilité civile des clubs et écoles sont toujours valides ainsi que les conventions qui sont en cours pour les sites de pratique.

kitenews.fr : Pour les pôles Espoirs, j’ai entendu dire que la FFVL continuait à les gérer jusqu’en juin, est-ce vrai ? Et après ?

Jean-Claude Benintende : Lors du recrutement des sportifs à l’automne 2016 nous avons pris l’engagement moral vis à vis des jeunes qui intégraient nos structures que nous les suivrions jusqu’à la fin de l’année scolaire. Actuellement nous ne sommes plus légitimes depuis la perte de la délégation, mais pour autant les listes de haut niveau n’ont pas été modifiées et nous n’avons aucune consigne en la matière de la part de la Direction des Sports.

Quand je lis l’interview de M. Champion je suis très surpris d’apprendre qu’il ne sait pas encore quoi faire avec les pôles, qu’il attend de faire un état des lieux et de savoir s’il aura les financements du Ministère. Il est étonnant qu’une fédération olympique n’ai pas anticipé sur ce sujet qui est quand même le coeur de métier des fédérations tout en sachant que la

FFVoile demande la délégation depuis 2002… Que ce soit de la part de la FFV ou de la part de la Direction des Sports on voit bien que rien n’a été préparé ni anticipé au mépris des sportifs de tous ceux qui oeuvrent dans ces pôles.

Heureusement la FFVL avait anticipé car aujourd’hui les entraîneurs seraient au chômage et les sportifs lâchés dans la nature, ceci à quelques semaines des premières échéances internationales !

kitenews.fr : Êtes-vous en contact avec la FFV pour aider à la transition ?

Jean-Claude Benintende : La FFVoile n’a jamais répondu aux courriers, y compris les courriers ministériels, que ce soit pour des rencontres ou des propositions d’organisation d’épreuves de kitesurf en parallèle à des évènements majeurs du monde de la Voile. En 2013 nous avions même proposé d’organiser à nos frais une épreuve de kitesurf en parallèle durant la semaine Olympique d’Hyères. La Direction des Sports avait pris l’engagement début 2016 que des discussions s’ouvrent entre nos deux fédérations, nous y étions prêts mais Jean-Pierre Champion a toujours refusé. En effet ce dernier savait bien que la possibilité d’une entente entre nos deux fédérations aurait inéluctablement conduit à un fonctionnement qui aurait satisfait les instances internationales et les sportifs. Il n’en voulait pas. Donc dans l’immédiat, du fait du président de la FFV, les relations semblent impossibles.

Actuellement la FFVL et la FFV sont en préparation de leurs AG électives respectives qui vont se dérouler le 25 mars. Dès lors il sera temps pour les présidents nouvellement élus de prendre contact afin de gérer, si besoin contractuellement, la nouvelle situation organisationnelle du kitesurf en France. Mon objectif et celui de la FFVL est toujours d’agir dans l’intérêt de l’activité et des pratiquants.

Quand je vois qu’aujourd’hui rien n’est annoncé en termes de calendrier sportif, de règles techniques, de formations spécifiques pour les directeurs de course, les jurys (disciplines de course) et juges (discipline d’expression), je pense que la FFV n’était pas réellement prête à accueillir ce sport et que cette demande de délégation est avant tout celle d’un dirigeant et non d’une fédération !

Pour finir, personne ne sortira grandi d’une telle situation. D’une façon générale pour les pratiquants du kite, se licencier ne s’impose pas comme une évidence, et les derniers événements ne vont pas les y inciter ! Cet épisode est un vrai échec collectif, car les conséquences induites par le non-renouvellement de la délégation du kitesurf à la FFVL ne profitera sûrement pas à l’activité bien au contraire et il n’est vraiment pas sûr que la candidature de Paris 2024 y gagne quoi que ce soit puisque cet argument a semblé peser sur la décision du Ministre.

 

Jeff Valet

One Comment

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    7 février 2017

    Hé bien Benintende se moque des Lois, des règles et même de la sécurité de ses licenciés quand cela l’arrange… mais se plaint quand les choses ne sont pas en sa faveur.
    http://lavl.free.fr/accidents-competitions-parapentes.php
    Prendre une deuxième licence serait un frein… mais faire sortir 2 ou 3 mois de salaire à des pilotes cela ne compte pas si cela lui sied.
    Pas trop de rouge sur ses mains?