November 19, 2017

Sa grave blessure lors du championnat de France Freestyle Jeune 2015 avait marqué les esprits. Près de deux ans après, Nathan Sicallac en a enfin terminé avec les galères et a pu reprendre le kite à Quiberon. Celui qui fêtera ses 20 ans en novembre a gagné dans l’histoire une belle maturité, qu’il compte désormais mettre à profit dans son ride. Nathan Sicallac a accepté de se confier sur l’épreuve qu’il a traversée. Pour Kitenews.fr, il revient en détail sur les différents diagnostics médicaux et l’aide apportée par François Duchesne de La Motte, le médecin de la FFVL. Interview avec un jeune qui compte bien bouffer la vie !

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A relire – Les minots du kitesurf épisode 27 : Nathan Sicallac

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A voir aussi – Nathan Sicallac : I want to ride

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– Kitenews.fr : Salut Nathan, peux-tu revenir sur les circonstances de ta blessure, survenue le 28 juillet 2015 à Dunkerque ?

Nathan Sicallac : J’étais en ¼ de finale, j’avais réalisé un début de compétition plutôt correct avec deux bons tricks au premier heat, puis des heats où je pose à chaque fois mes 7 tricks. J’étais en confiance, j’étais bien toilé. En ¼, je finis mon heat sur un S3 et je me dis que j’ai le temps d’en refaire un, pour la dernière minute. J’étais en 9m, ça commençait à bien souffler ! Sur ce dernier S3, la jambe gauche à la réception part en hyper-extension à 90°. J’étais un peu dégoûté car deux juges sur 3 m’avaient mis gagnant !

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– Kitenews.fr : As-tu senti tout de suite que c’était grave ?

Nathan Sicallac : Oui oui, j’ai largué direct le kite et Antoine Fermon est venu me chercher directement dans l’eau, en courant. Il m’a enlevé les chausses et on a attendu l’arrivée des secours…

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nathan sicallac 2

nathan sicallac championnats de France Freestyle 2015

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– Kitenews.fr : Tu as eu les ligaments croisés antérieurs et postérieurs partiellement rompus. Comment as-tu réagi au diagnostic médical ?

Nathan Sicallac : Le 1er diagnostic a été du grand grand n’importe quoi ! L’ambulance m’a envoyé à l’hôpital de Dunkerque. On m’a glacé la jambe, on m’a fait tout d’abord simplement une radio et on m’a dit qu’il n’y avait rien du tout. Je ne sentais pas mon pied ! Ma jambe était super enflée, on m’ a dit : « si tu ne sens pas ton pied, c’est juste l’oedème qui bloque l’arrivée et l’alimentation des nerfs ». On m’a fait partir de l’hôpital de Dunkerque avec une attelle pour maintenir la jambe raide, des béquilles et du Doliprane, c’est tout. Je suis rentré chez moi en Bretagne trois jours après l’accident, en ambulance.

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J’ai ensuite vu un médecin du sport qui me suivait depuis quelques temps, le dr Parein que j’ai d’ailleurs failli attaquer en justice. Il m’a dit : « tu vas aller faire un IRM, on verra ce que ça donne mais a priori, c’est juste un petit problème de ligaments ». Cinq jours après, lors de l’IRM, on me dit qu’il y a un épanchement de synovie, donc trop d’eau dans le genou et qu’à première vue, il s’agit d’une rupture partielle du ligament croisé antérieur, avec quelques fêlures partielles au plateau tibial et à la tête du péroné. Je devais repasser une IRM une fois le genou désenflé, j’ai donc fait de la kiné tout le mois d’août mais, bien que mon genou ait désenflé, je n’avais toujours pas de sensations au niveau du pied gauche. Un soir d’août, un kiné-osthéopathe ami de la famille vient dîner à la maison et en profite pour regarder ma jambe. Je n’avais plus d’épanchement, je recommençais à marcher tranquillement… Et là il me dit qu’il pense que j’ai une sciatique du nerf poplite externe, le nerf qui sert à relever le pied.

Je suis retourné voir le médecin du sport, qui m’a conseillé d’être patient, d’attendre un an ½ que les terminaisons nerveuses se refassent.

Mi-septembre, je décide avec ma maman de contacter François Duchesne de La Motte, le médecin de la FFVL et de l’Equipe de France. Il m’a confirmé que j’étais paralysé du pied, car le nerf était rompu. François m’a alors fait fabriquer avec des prothétistes une orthèse de pied, pour tenir le pied à 90° et pouvoir marcher normalement, car mon pied traînait. François m’a m’envoyé chez un des meilleurs lecteurs d’IRM de Paris, j’ai également fait des électromyogrammes (qui consistaient à me mettre des aiguilles partout dans la jambe pour voir si elle était toujours vivante), un examen très très douloureux. Suite à cela j’ai été voir, courant septembre-octobre, un orthopédiste à la Pitié Salpetrière. Il s’était d’ailleurs occupé d’Antoine Fermon et m’a renvoyé vers l’un des meilleurs neuro-chirurgiens de Paris.

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Le 5 Novembre, le neuro-chirurgien m’a vu et m’a annoncé que pour ce genre de rupture du nerf poplite externe, il ne fallait pas attendre six mois, sinon je perdais mon pied. C’est à ce moment-là qu’avec François on a commencé à en vouloir au médecin du sport qui m’avait dit d’attendre un an ½… Suite à cela, il m’a proposé de m’opérer le 12 novembre, avec deux possibilités :

  • si le nerf était rompu de 3 à 5 centimètres, on allait faire un rail pour que le nerf repousse correctement.
  • si le nerf était déchiré de 10 à 15 centimètres, on opterait pour un transfert du jambier postérieur, le tendon qui sert à faire le mouvement interne au pied.

Finalement c’était déchiré sur vingt à vingt-cinq centimètres…

Le 31 décembre 2015, le plâtre a été retiré et je pouvais bouger mon pied, mais il fallait que je fasse le mouvement interne au pied dans ma tête, pour que physiquement cela le relève. C’était très dur à assimiler, très bizarre, mais mon cerveau a vite réussi à enregistrer ce nouveau mouvement.

Début février 2016, je suis allé au CERS de Capbreton pendant un mois en rééducation avancée, puis le 8 juin 2016, je suis retourné voir l’orthopédiste parisien. Il m’a annoncé qu’il me fallait une opération du ligament croisé antérieur et peut-être aussi du latéral externe, le LLE.

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L’opération a été fixée au 15 septembre 2016, on m’a finalement opéré aussi du LLE. J’ai eu un ligament d’une personne morte, un greffon, pour remplacer mon ligament latéral externe.

Au final j’ai fait sept semaines supplémentaires de béquille, avec chaque semaine la possibilité de rajouter 5 à 10° de flexion sur l’attelle, avec des séances de kiné 5 fois par semaine.

Le 8 Novembre 2016, je suis reparti six semaines et ½ à Capbreton, j’ai repris du muscle et du poids car j’avais perdu 12 kilos… J’ai recommencé à m’exercer sur l’AlterG, qui donne la sensation de courir en apesanteur. J’avais des objectifs musculaires donnés par le chirurgien, j’ai fait beaucoup de kiné et de musculation chaque jour.

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– Kitenews.fr : A quoi t’es-tu raccroché dans les moments de doute ?

Nathan Sicallac : C’était très très très dur. Ma famille, mes frères, mes amis, mes proches, ma copine, les gens que j’apprécie dans le kite sont venus me motiver et me voir. Je remercie toutes ces personnes d’avoir répondu présentes dans ces moments-là, d’avoir été là pour moi. Si aujourd’hui je suis debout et que je peux faire du kite, c’est grâce à François. Il m’a guidé partout, il m’a accompagné partout et je lui dois énormément. Mon cas était tellement particulier que personne ne voulait m’opérer en Bretagne, heureusement nous avons pu compter sur lui. J’ai pu compter aussi sur 3 ou 4 amis, qui m’ont fait avancer, m’ont rappelé tout ce que j’avais pu accomplir dans le kite.

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Nathan Sicallac

Nathan Sicallac

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.– Kitenews.fr : Tu as dû faire une croix sur toute la saison 2016, l’as-tu suivie à distance ?

Nathan Sicallac : J’étais obligé de suivre, le kite fait partie de moi ! C’était l’année où les jeunes de 1997 passaient en adultes, avec de belles performances à la clé. Cette année, j’ai vu qu’Arthur Guillebert, l’un de mes super potes du kite, s’est qualifié pour la World Kiteboarding League. Nico Delmas aussi s’est qualifié. C’est un peu frustrant pour moi car je me dis que j’aurais pu naviguer pendant cette année et demi et tenter ma chance moi aussi pour la WKL… J’ai un peu de regrets. Ce n’est que partie remise, peut-être pas pour 2018 mais je serai prêt pour 2019.

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– Kitenews.fr : Tu as repris le kite il n’y a pas si longtemps, comment as-tu vécu ta première session ?

Nathan Sicallac : J’ai repris avec des attelles aux deux genoux, j’ai recommencé en surf durant trois semaines pour récupérer les sensations et les appuis. Je me suis recommandé des chausses, puis je suis allé sur du vent offshore et je me suis remis à déhooker un peu. J’y suis allé tranquillement, avec un back par ci, un front par là, un petit railey blind avec un gros échauffement. Mon premier passage de barres était sur une petite vague, avec un Flat 3 que je pose. Du début à la fin de la session, j’ étais obligé d’avoir le sourire aux lèvres, ma famille et ma copine étaient là pour me regarder.

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Lien vers la vidéo de reprise du freestyle par Nathan Sicallac

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T’es obligé d’avoir le smile, c’était une euphorie incroyable et c’est fou émotionnellement parlant ! Après deux ans de galère… Excuses moi de parler comme ça mais j’en ai chié, c’était long, c’était dur avec beaucoup beaucoup de remises en questions sur le parcours scolaire professionnel, le kite… C’est un bel accomplissement, objectif réussi ! Les sensations sont vraiment revenues, par contre je ne sentirai plus jamais mon pied…

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– Kitenews.fr : Quels types d’échauffement mets-tu désormais en place ?

Nathan Sicallac : Ils sont plus longs que par le passé, je fais vraiment monter le cardio et je veux vraiment que mon corps soit près à aller à l’eau. Physiquement, sur les passages de barre, je me sens plus fort qu’avant. La prépa musculaire, c’est 50% du boulot accompli. Désormais, je compte voyager tout l’hiver prochain pour m’entraîner !

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– Kitenews.fr : Cette blessure va t-elle changer ta manière de rider ?

Nathan Sicallac : Je vais peut-être prendre davantage de temps pour réfléchir lors de l’entraînement, en terme de tricks. Cette blessure m’a fait mûrir dans ma vie personnelle et professionnelle, mais également dans ma façon de rider. Je vais penser à plein de petits détails supplémentaires. Avant, je n’étais qu’un jeune branleur qui ne pensait qu’à envoyer le plus gros tricks avec la voile la plus basse possible. Je reste comme ça mais je vais plus réfléchir à mes tricks. Ce n’est pas de l’appréhension, plutôt de la maturité de ride. Le fait de reposer des tricks m’a redonné confiance en moi, par exemple le fait de reposer un back mobe dés le premier essai. Cela booste pour la suite, c’est bon pour le moral ! J’ai pris mon mal en patience, j’ai respecté les consignes et cela paie.

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– Kitenews.fr : Quels types de conseils t’avait donné François Duchesne De La Motte ?

Nathan Sicallac : Il m’a obligé à reprendre par deux-trois semaines de strapless, car lorsque l’on crante et qu’on essaie de remonter au vent, les vibrations gainent le muscle. Il m’a dit d’être vraiment patient, et m’a accompagné jusqu’à la reprise, il a été un moteur !

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– Kitenews.fr : Quels sont tes prochains objectifs ?

Nathan Sicallac : Maintenant que tout va bien physiquement, j’aimerais reprendre techniquement car il me faut 5 figures au top du top, c’est ce que nous demande sur le tour international. J’en pose encore 2 ou 3 « d’avant » car elles sont dans ma tête, mais je n’ai pas encore réengagé certains tricks, je ne les sentais pas. Cela fait moins de trois semaines que je refais du freestyle. Je vais reprendre mon ancien cycle d’entraînement afin de repousser mes limites techniques. J’aimerais bien poser des doubles ! A l’époque de ma blessure, on n’y pensait pas nous les jeunes, mais quand je vois que maintenant ils les maîtrisent tous (rire)… La technicité de ride me manque encore, mais j’ai du temps ! Merci encore à mes amis, ma famille, ma copine et François, ils ont été hyper importants durant cette épreuve… Et un big thanks à toute l’équipe de Kitenews.fr d’avoir pensé à moi !

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Nathan Sicallac Freestyle

Nathan Sicallac Freestyle

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François Duschesne de La Motte :

« Le programme de rééducation a été très long, Nathan a été fantastique, il s’est mis à fond dedans sans se poser de questions. Il a eu de gros moments de découragement mais il s’est accroché. Quand je le vois rider en vidéo, c’est la plus belle des récompenses ! Nathan a eu un mental exceptionnel, mais j’avoue que dans le kite je suis toujours étonné de la positivité des jeunes qui ont eu un accident. Le kite fabrique des mentalités d’acier ! Nathan est vraiment un cas d’école, il représente tout ce que sait faire la chirurgie française. Je suis hyper fier de lui !

« Aujourd’hui, entre les heats, tu peux faire ce que tu veux, or dans tous les accidents que l’on a, on se rend compte qu’ils surviennent rarement en action de compétition. Si l’on guidait les jeunes riders entre les heats, pour qu’ils se reposent et chauffent le muscle, on aurait beaucoup moins de traumatologie. »

« Je considère qu’il faut être un bon athlète général avant de faire du kite. C’est comme en ski alpin. Si tu ne vas pas courir tes kilomètres pendant les 2 mois qui précédent la saison, si tu ne fais pas de la muscu pour assouplir le dos, tu prends le risque de te péter un croisé. Je conseille toujours avant une séance, avant un heat ou un run de faire des étirements de course, pour être sûr que l’articulation sera opérationnelle sur 100% de son amplitude. Le kite n’utilise pas énormément d’articulations, mais il les utilise au niveau maximum, c’est donc important d’étirer son corps, de la cheville jusqu’au cou. »

 » L’échauffement classique est aussi important, et il faut entretenir le niveau d’hydradation. Il faut partir sur une seule base : une gorgée toutes les 5 minutes, ou 33cl toutes les 15mn. C’est un sport où tu n’as pas la perception de la soif, de la faim, de la fatigue, mais tu perds 25%-30% de tes moyens dés lors que tu es déshydraté… »

nicolas arquin

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