Récit de Sylvain Maurin.

Il est des moments rares et précieux : faire une longue distance en kitesurf, de surcroît sur ses terres, et le partager avec un ami de longue date, et un caddy aussi dévoué qu’efficace, est pour moi le summum du plaisir marin.

D’autant que ça ne se prévoit pas longtemps à l’avance. C’est la météo qui, d’un coup, te dit « Dans 2 jours, ça va le faire ». Alors tu cherches un caddy, puis un second rider/collègue, et il faut faire assez vite pour partir le jour J au bon moment et du bon endroit.

Voilà donc la belle histoire …

On se retrouve Marek (le copain rider) et Christophe (le caddy rouleur) à 10h00 au café le Passe-Port à Port St Louis. On étale les cartes routières, les plans d’accès aux spots, on échange les numéros de téléphones, on boit le café. Ah oui, je ne vous l’ai pas dit : on a prévu de faire Port St Louis (13) => La Grande Motte (34), soit un bon 50 milles (90 bornes), sans bateau, et en longeant la côte.

Une fois les détails de logistique réglés, on charge le matos de Marek dans mon fourgon, et on file à la plage Napoléon, point de départ de notre périple. Sur zone, le vent onshore souffle de Sud Est à 25/30nds environ. Marek sort sa 8m² Ozone Edge pendant que je déploie ma 10m² North Evo. Il faut savoir que pour un downwind avec le vent ¾ arrière, vous devez toiler un peu plus que pour une session classique, car outre le surpoids du sac à dos, une fois lancé au grand largue, vous avez l’impression qu’il y a pas d’air, alors que les 25/30nds sont toujours là (on s’en apercevra que trop bien à Beauduc !)

Coté planches, Marek chausse un vieux surf strappé Naish 5’8’’ à 4 ailerons, et pour ma part, ce sera avec mon fidèle Tiki 225 strapless of course !!

Momo et Marek au depart à Port St Louis: « Brokeback Mountain » version Camargue

Pour un meilleur suivi GPS, Philippe Caizergues, venu nous souhaiter bon vent et nous assister au départ, a donné à Marek un téléphone qui va lui permettre, via une appli sur son propre cellulaire, de suivre notre avancée en direct … du moins tant qu’il aura du réseau.

  • 10:52 : On décolle les ailes, on enclenche les Suunto (montres GPS), et on part d’entrée de jeu en direction du Gd Rhône, véritable point de bascule de notre chevauchée marine.
  • 11:00 : On est pile à l’embouchure du fleuve, toujours impressionnant, car on sent bien l’énergie liquide qui passe sous nos pieds et alimente les vagues de la « barre » (zone de conflit entre les eaux douces et salées).
  • 11 :10 : On passe quasiment au vent arrière à 28kms/h devant le poste de secours de la plage de Piémanson, aussi déserte que … déserte !
  • 11 :30 : On arrive devant le premier des 4 phares. Celui là, il s’appelle Faraman. Il a l’air tout fier de nous accueillir sur ces terres plates et ventées. On descend les vagues non stop. Ca glisse tout seul, et nos vitesses oscillent entre 25 et 30 kms/h. On passe à présent devant le minuscule port du Grau de la Dent, d’où aucune activité n’apparaît…
  • 11 :50 : Le 2eme phare nous salue. C’est celui de Beauduc, qui nous annonce l’entrée de ce spot connu de (presque) tous les glisseurs de l’hexagone !
  • 11 :55 : On tangente la pointe du Sablon, et on change d’amure pour remonter tribord amure dans le creux du golfe. Marek et moi sentons que le vent a bien forci. Lui et moi trimons à fond nos ailes qui encaissent les 35 nds bien tassés du spot magique. On navigue à présent au travers par vent offshore sur 3 kms, jusqu’aux bancs de sable de la plage nord de Beauduc. A partir de là, on suit le trait de cote, à une vitesse oscillant entre 30 et 40 kms/h.
  • 12 :15. Nous passons, toujours au portant, à 400m du phare de la Gacholle. Notre allure est toujours fluide. On joue sans cesse avec les vagues qui nous accompagnent sans discontinuer. On retrouve également, grâce à cet angle de navigation, la douceur de nos ailes, après l’épisode un peu tendu du bord d’avant.
  • 12 :35. Le village des Saintes Maries de la Mer est tout proche. On arrive ensemble à la  Roubine de Barrachin, notre première escale, prédéfinie avant le départ. Christophe, notre caddy, nous attend. Je lui avais donné avant de partir une veste orange bien fluo. Ca nous a permis de le voir de très loin, planté bien droit au bout de la digue. Ce sont des petits détails, qui sont faciles à mettre en œuvre et qui contribuent grandement à ce que les choses se passent bien. Je sors de l’eau, Marek me suit. Il pose son aile pour se réhydrater, puis on échange nos impressions, et 6 minutes plus tard, nous voilà repartis pour la suite de notre trip. Au passage, nous apprécions les retrouvailles et encouragements de nos amis ; Marc et Cathy Blanc, ainsi que Jérôme Ferreri, lequel va nous accompagner jusqu’à l’embouchure du Petit Rhône, située 5kms plus loin.
  • 13 :00 : Juste après l’embouchure, on va tomber sur les plus grosses vagues de notre journée. Un bon 2,5m, bien glassy, devant lesquelles, aux dires de Marek, je me suis bien cagué ! Pour pas le froisser, j’ai abondé, mais entre nous, c’est lui qui les avait à zéro !

A partir de cet instant, on va aborder, au cours des 20 prochains kilomètres et pour les 50 minutes à venir, la zone la plus désertique de notre aventure. On sait que si on casse quoi que ce soit par ici, c’est marche forcée pendant plus de 2 heures jusqu’au premier secteur habité !

  • 13 :50 : Nous passons, toujours et encore au vent arrière, à la hauteur du 4eme et dernier phare, le phare de l’Espiguette, seule sentinelle gardoise de notre parcours. Il est le signe que nous arrivons tres bientôt à la fin du trip… Dès la pointe passée, on part tribord amure, et  plein nord vers le spot du Boucanet, où 3 ailes de kite profitent pleinement du genereux courant d’air ambiant. Puis on repart nord ouest, on passe une dernière embouchure, celle du Vidourle, petit fleuve cotier aux crues redoutables lors des fameux épisodes cévenols. Il marque également la limite entre le Gard et l’Hérault.
  • 14 :25 : Après plus de 3 heures et demie de nave, et 92 kilomètres parcourus, nous arrivons au finish ; le spot de vagues de La Grande Motte. Christophe, notre caddy, toujours prompt aux rendez vous programmés, nous attend, en compagnie de quelques amis, parmi lesquels « Tisag », « Badre », et Romain Castel.

Je pose mon aile, je me dirige vers Marek pour le remercier de ce bel instant de partage, et là, il me lance, tout de go : « Momo, et si on allait plus loin ? » Je regarde alors Christophe, qui d’un signe de la tête, nous manifeste son approbation. Je leur propose alors de ne pas traîner, car on sait que le vent doit monter encore dans la journée, et mine de rien, on n’a plus la même réserve d’énergie qu’au départ ! On convient d’aller finir le périple sur la plage du Prévost, le fief de Jean Michel Mostacci et son désormais célebre Festikite.

  • 14 :35 : On repart donc une dernière fois bâbord amure, bien lâchés au milieu d’une armée de compères kiteurs qui ne comprennent pas vraiment notre angle de navigation sans retour. Nous allons naviguer encore 15 kilometres, mais la mer, au droit de Palavas, est courte, hachée, dure. Les planches saturent à un petit 20kms/h (12 nds).
  • 15 :10 : Et voilààààààà !!! On est arrivés sur la commune de Villeneuve-lès-Maguelone,  ! 108 kilomètres effectués en 4h21mn, pauses comprises.

Christophe nous aide à plier le matos. On se change, et coutume oblige, on scalpe 3 bonnes cervoises, en hommage au vent qui nous a portés dans son lit, tantôt chahutés à Beauduc, tantôt caressés au large des Stes Maries, tout le temps chouchoutés sur la totalité de notre trip.

Il ne vous aura pas échappé que nous n’avons pas cherché, à proprement parler, à établir un quelconque record. A 25kms/h (14nds) de moyenne, même si on s’est fait quelques tronçons bien speedés au ras du sable (Vmax 42kms/h), il n’y a certes pas de quoi inquiéter les Alex Caizergues et autres Rob Douglas !! On a juste voulu se faire plaisir, en exploitant, du mieux qu’on a pu, toute cette énergie, et tous ces fluides puissants que la nature nous offre. A mon sens, je dirais qu’on a plus « joué » qu’autre chose. Certes, Marek et moi faisons du kite depuis bientôt 20 ans, et ça nous donne un certain volume de savoir-faire qui nous a bien été utile à chaque seconde de notre descente. Mais quand tu «  n’arsouilles » pas, comme c’est assez souvent le cas dans notre sport, mais que tu « glisses », le sport-loisirs fait descendre l’humain de l’étagère compétition, en l’installant tranquillement sur l’étagère plaisir.

Notre downwind n’a d’exploit que l’originalité de son parcours, et la relative simplicité de sa mise en œuvre (pas de bateau ni jetski, pas d’équipement hors de prix – v. chapitre sécu). A partir du moment où vous êtes conscient de votre (très) bon niveau de pratique, que vous avez du matos de qualité et, surtout, adapté, que vous en connaissez un minimum sur la géographie et la météorologie de la zone choisie, que vous avez un sac à dos qui contient des objets vitaux pour votre éventuelle survie, que vous savez attendre la bonne fenêtre météo, et que vous vous êtes donné les moyens de revenir au point de départ, j’allais dire GO, les mecs !!!

Entraînez-vous d’abord sur les « Longues distances locales », en claquant des 100, 150, voire 200 bornes tout en restant sur votre home spot. Vous verrez apparaître des douleurs au niveau de certains muscles dont vous ignoriez leur existence. Puis vous allez connaitre les effets de la fatigue et de la perte de concentration, et vous prendre des vraies grosses boites de débutants. Vous allez aussi comprendre l’interet du travail préalable et fondamental sur l’ergonomie (harnais bien ajusté, veste de flottaison à la bonne taille, straps + pads conforts et bien positionnés, etc…).

Vous découvrirez pour finir, le long chapitre des « impondérables », c’est-à-dire la couille qui n’arrive jamais, et qui t’arrive là, au milieu de nulle part, et très loin de ton point de départ. Bref, ok, l’affaire n’est pas à la portée du premier venu, mais pour qui sait bien la préparer, un downwind de ce calibre vous rend heureux pour des mois et vous renforce dans votre connaissance de ce sport.

Pavé sécu

1/ Mon sac à dos.

Voilà ce avec quoi je pars (Ce n’est pas parfait, mais je l’assume).

Choix du sac à dos : Un camelbak avec une poche d’eau de 1,5litres, petites poches zippées sur la ceinture abdominale pour les barres de céréales, mini ceinture à clips au niveau des pectoraux, et des trous au fond pour favoriser l’évacuation de l’eau en cas de gamelle.

  • 1 radio VHF dans sa housse étanche
  • 1 téléphone cellulaire dans sa housse étanche
  • 1 Coupe vent (s’il faut marcher des heures, vous me direz merci)
  • 50cm de ligne de kite
  • 1 couteau
  • Un peu de pognon
  • Des barres de céréales
  • 1 litre de boisson energetique bio (Jus de fruit dilué, eau sucrée…). Pas de sodas ni eau gazeuse : Les secousses permanentes vont faire monter la pression de la poche.
  • 1 vessie de cubi de vin de 5 ou 10 litres (vide !!!) Cet ustensile apparemment hors sujet possède 3 avantages, en cas d’avarie: Une fois sorti du sac et gonflé à la bouche :
    • Sa couleur argentée pourra vous aider à être vu de loin.
    • Il offre un appoint de flottabilité très facile à mettre en œuvre.
    • Et puis, vous passerez forcément un moment agréable entre amis, lorsque vous aurez à le vider de son premier contenu.

2/ Mon équipement

Matos : Je ne pars pas avec du matos qui n’a pas été éprouvé. A l’opposé, une aile ou des lignes d’un certain age devront rester au garage. Je ne pars pas non plus en 13m² dans 30 nds. Ni en 7m² dans 15 nds. Dans les 2 cas vous aurez tout faux. Privilegiez une planche plutôt longue, donc supposée confortable (hormis les boards de race). Straps ou pas, ça vous regarde, sachant qu’un surf long et strapless, s’il ne vous permettra pas d’aller très vite, vous donnera la possibilité de « switcher » à tout moment, afin de soulager les douleurs aux cuisses et articulations. Concernant les longues distance en foil, ceux qui me connaissent comprendront aisément que je ne suis pas en mesure d’émettre un avis. Je sais quand même que l’été, à la faveur d’un petit thermique, c’est un engin redoutable pour effectuer 100 bornes (aller / retour) avec une grande facilité. Mais le foil, à mon avis comporte 2 petits inconvénients :

  • La tentation de naviguer plutôt loin du bord… Attention à ça !
  • La proximité de la plage de vent nominale avec la pétole, qui peut vous planter là au beau milieu de rien, avec plus d’air pour rentrer.
  • A n’importe quelle période de l’année ne négligez pas l’épaisseur de néoprène. Là encore, vous flotterez mieux, et vous aurez froid plus tard.
  • Si possible, partez avec des chaussons. En cas de marche forcée le long du littoral, vos pieds nus vont vite vous pourrir la vie.
  • Casque fortement recommandé en foil. Avec d’autres supports, à minima, un bonnet sur soi ou dans le sac à dos.
  • Harnais : Culotte ou dorsal, c’est votre choix personnel. Coupe ligne incorporé, et double leash de secours (pour accrocher à la board en cas de dérive prolongée).
  • Veste d’aide à la flottabilité. L’évidence même ! Par-dessus, afin d’éviter d’accrocher une ligne avec les nombreuses boucles plastiques, enfilez un lycra XXL.
  • Lunettes ou masque de snow indispensables.
  • Flash light : Vous avez le droit de penser que ça sert à rien, mais au regard de son poids et de son prix, vous seriez bien stupides de vous en priver.

3/ D’une manière générale

  • Ne partez pas sur un trip par vent offshore sans secu mer.
  • Prévenez votre entourage de vos intentions, et appelez-les une fois terminé.
  • Prenez vos infos météo sur plusieurs prestataires differents.
  • Mangez correctement la veille, sans trop charger en quantité.

Merci à …

  • Christophe Pierret : Caddy / Assistant dévoué et ultra efficace. On te doit la totale réussite de notre trip, l’ami !!
  • Marek Mettler : Mon poto de toujours, grand glisseur devant (et derrière) l’Eternel.
  • Philippe Caizergues : Suivi routage, encouragements chaleureux, et aide au départ.
  • Nos amis de route : Jérôme, Marc, Cathy, Tisag, Badre, Romain, et tous ceux qui nous ont interpelés ou salués d’un geste amical, à terre ou en mer.

Matos

  • Voilerie Zig Zag
  • North Kiteboarding
  • Ion Wetsuits
  • Maui Jim Sunglasses
  • Wooden Stuff Project

Après 108kms et 4h30 de navigation dans les vagues, le moment est venu de savourer notre périple.

Christophe Salvaing

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